Dr Elodie ZANTE, Psychiatre praticien hospitalier, Pôle TSA, responsable du Centre Expert Fondamental Trouble du Spectre de l'Autisme sans Trouble du Développement Intellectuel (CEF TSA STDI) au CH Alpes-Isère et médecin coordinatrice du dispositif ACCES TND Adulte
Entretien avec le Dr Elodie Zante, Psychiatre praticien hospitalier, Pôle TSA, responsable du Centre Expert Fondamental Trouble du Spectre de l’Autisme sans Trouble du Développement Intellectuel (CEF TSA STDI) au CH Alpes-Isère et médecin coordinatrice du dispositif ACCES TND Adulte

 

 

Pouvez-vous nous présenter le dispositif ACCES TND et expliquer son rôle dans l'accompagnement des personnes présentant un trouble du spectre de l'autisme ?

Le dispositif ACCES TND est né d’un constat de terrain : de nombreux adultes présentant un trouble du neurodéveloppement, notamment un Trouble du Spectre de l’Autisme (TSA) et/ou un Trouble Déficit de l’Attention avec ou sans Hyperactivité (TDAH), cumulent des problématiques psychiatriques et somatiques qui rendent leur prise en charge particulièrement complexe. Ces patients présentent des besoins spécifiques, avec souvent des présentations cliniques atypiques et ne trouvent pas toujours leur place dans les dispositifs existants. Une coordination renforcée entre les différents professionnels qui les accompagnent est souvent nécessaire mais peut-être complexe à mettre en œuvre.

 

L’objectif d’ACCES TND n’est pas de se substituer aux services spécialisés, mais d’agir comme un facilitateur, en étant à l’interface entre le patient, ses proches et le médecin généraliste. Nous travaillons en appui des professionnels de proximité, en particulier des médecins traitants, afin d’analyser la situation globale du patient, d’identifier les priorités de prise en charge et de proposer les orientations les plus adaptées.

Pour quelles raisons avez-vous recours à la téléexpertise dans le cadre de vos différentes activités ?

La téléexpertise répond parfaitement à notre mission de coordination. Elle permet d’intervenir rapidement auprès des professionnels confrontés à des situations complexes, tout en limitant les délais d’accès à un avis spécialisé.

Il était important pour notre organisation que la téléexpertise reste simple à utiliser et ne soit pas chronophage ni pour l’expert ni pour le médecin requérant. Dans de nombreux cas, elle constitue une première étape qui permet de préparer efficacement une éventuelle consultation spécialisée. Aujourd’hui, dans plus de 50% des cas, la téléexpertise est suivie d’une consultation, mais celle-ci est beaucoup plus ciblée, le dossier ayant déjà été analysé en amont.

La téléexpertise favorise également une montée en compétence progressive des requérants. Les demandes deviennent plus pertinentes au fil du temps, car elles intègrent davantage les dimensions somatiques, diagnostiques ou thérapeutiques que nous partageons avec eux.

Dans quelles situations les professionnels sollicitent-ils votre expertise via MonSisra et quels sont les bénéfices de ce dispositif ?

Les sollicitations concernent principalement des situations complexes : aide à avancer la démarche diagnostique dans des cas de suspicion de TSA et/ou de TDAH chez l’adulte, recours face à des difficultés de prises en charges de comorbidités psychiatriques et /ou somatiques, aide aux choix thérapeutique ou à l’orientation spécialisée.

 

Grâce à MonSisra, le médecin traitant, le psychologue ou autre spécialiste peuvent facilement nous transmettre les éléments utiles à l’analyse de la situation. L’outil permet également d’associer plusieurs professionnels autour d’un même dossier lorsque cela est nécessaire, ce qui constitue un soutien à la coordination de situations complexes.

 

Au-delà de l’avis rendu, MonSisra devient un véritable outil de travail collaboratif. J’utilise notamment le formulaire comme une trame de compte-rendu partagé, qui permet de structurer l’analyse clinique, de formaliser les recommandations et de conserver une vision commune de la situation entre les différents intervenants.

 

Cette organisation bénéficie autant aux professionnels qu’aux patients : chacun dispose d’une information centralisée, claire et facilement partageable.

Quel impact la téléexpertise a-t-elle sur les parcours des patients, notamment en matière d'accès aux soins, d'orientation ou de délais de prise en charge ?

L’impact est très concret.

La téléexpertise permet d’identifier plus rapidement les besoins du patient, de proposer les examens complémentaires pertinents, d’éviter certaines errances diagnostiques et d’orienter plus efficacement vers les ressources adaptées, qu’elles soient psychiatriques, somatiques ou médico-sociales.

Elle facilite également les échanges entre spécialités. Nous pouvons être à même de solliciter nous-mêmes d’autres experts via MonSisra afin d’obtenir un avis en dermatologie, en neurologie ou en endocrinologie par exemple, lorsque la situation le nécessite.

Cette coordination améliore considérablement le parcours de soins. Elle évite que certains patients restent sans réponse parce que leur situation est jugée trop complexe ou qu’ils ne correspondent à aucun dispositif spécifique.

En tant qu'expert sur MonSisra, quels sont selon vous les principaux atouts de cet outil dans votre pratique quotidienne ?

MonSisra est avant tout un outil très pratique pour organiser le travail collectif autour d’une situation complexe.

J’apprécie particulièrement son formulaire, que j’utilise de manière un peu détournée comme trame de compte rendu collaboratif, permettant de construire un raisonnement partagé avec le professionnel requérant. Les échanges sont tracés, les documents sont centralisés et chacun peut enrichir progressivement l’analyse.

L’application mobile constitue également un véritable atout : elle facilite la consultation et le traitement des demandes et est facilement accessible lors de temps disponibles dans la journée.

En terme d’évolutions, une intégration avec le logiciel métier de notre établissement et une restitution plus facilement partageable avec les patients permettraient d’aller encore plus loin dans l’optimisation des parcours.

Quel avenir pour la téléexpertise dans les parcours de santé mentale dans les années à venir ?

Je suis convaincue que la téléexpertise occupera une place de plus en plus importante dans les parcours de santé mentale. Les interfaces numériques sont l’avenir de la santé mentale, et plus largement de la santé tout court.

A l’avenir, ce serait même une bonne chose que le patient puisse préremplir son formulaire en amont de la consultation.

Face aux enjeux de démographie médicale et d’accès aux soins, ces outils permettent d’améliorer la coordination entre professionnels, de mieux préparer les consultations spécialisées et d’optimiser le temps médical.

Pour moi, la téléexpertise est la première étape d’un parcours gradué. Elle ouvre l’accès à une expertise spécialisée, qui peut ensuite conduire, si nécessaire, à une consultation présentielle ou à une Réunion de Concertation Pluridisciplinaire (RCP). Le médecin de proximité reste au cœur du suivi du patient, tandis que l’expert intervient comme un appui ponctuel, mobilisable à différents moments du parcours.