Entretien avec le Dr Michel Jurus, psychiatre à Lyon et élu à l’URPS Médecins Libéraux Auvergne-Rhône-Alpes

Concrètement, comment se déroule la télésupervision entre le médecin généraliste et le psychiatre et à quels besoins répond-elle ?

La télésupervision permet à un médecin généraliste de solliciter rapidement l’avis d’un confrère psychiatre lorsqu’il est confronté à une situation complexe en santé mentale. Le médecin adresse sa demande via MonSisra, puis le psychiatre prend connaissance du dossier, laisse un premier message si nécessaire et planifie un échange avec son confrère.

L’objectif est d’apporter un regard spécialisé sur des situations parfois difficiles à appréhender pour le médecin généraliste. En psychiatrie, les situations sont souvent étroitement liées au contexte de vie du patient : son environnement familial, professionnel ou encore des événements anciens qui peuvent ressurgir lors d’un événement par exemple. Cet échange permet de prendre en compte l’ensemble de ces dimensions afin d’aider le médecin généraliste dans sa réflexion diagnostique et thérapeutique.

La force de ce dispositif réside dans la relation de confrère à confrère. Il s’agit d’un véritable échange, dans lequel chacun apporte son expertise au service du patient.

Quels bénéfices observez-vous pour les professionnels de santé et pour les patients, depuis le lancement de ce dispositif ?

Les bénéfices sont multiples.

Pour les médecins généralistes, la télésupervision apporte avant tout un sentiment de sécurité. Ils se sentent plus à l’aise dans leur pratique, notamment face à des situations complexes où ils peuvent parfois se sentir isolés. Le fait de pouvoir échanger avec un psychiatre réduit cette pression et leur permet de conforter leurs décisions de prise en charge.

Du côté des psychiatres, ces échanges sont également très enrichissants. Ils favorisent une meilleure compréhension des réalités de la médecine générale et renforcent les liens entre les professionnels de santé. Cette collaboration interprofessionnelle est précieuse, dans un contexte où la santé mentale nécessite une approche coordonnée.

Les patients, de leur côté, bénéficient d’une prise en charge plus rapide et adaptée à leur pathologie, sans attendre plusieurs mois un rendez-vous spécialisé. Ils se sentent davantage écoutés, plus soutenus, et leurs difficultés sont prises en compte dans leur globalité.

Les retours sont très positifs : les patients apprécient que leur médecin puisse s’appuyer sur l’expertise d’un psychiatre tout en restant leur interlocuteur privilégié.

Quel rôle joue MonSisra dans ce parcours de télésupervision et en quoi cet outil facilite-t-il les échanges entre professionnels ?

L’outil MonSisra permet d’identifier facilement le psychiatre le plus adapté grâce à un annuaire régional recensant les experts selon leurs domaines de compétences. Il offre également un cadre sécurisé pour transmettre les informations médicales et organiser les échanges entre professionnels.

Au-delà de l’aspect technique, MonSisra apporte un véritable soutien logistique. L’outil facilite la mise en œuvre de la télésupervision ainsi que la cotation, permettant d’alléger les procédures de facturation pour le règlement de l’acte.

L’amélioration continue de la solution est particulièrement appréciable, avec des évolutions qui répondent progressivement aux besoins exprimés par les utilisateurs.

Quelles sont les prochaines étapes envisagées pour le projet EcoGéPsy?

L’expérimentation a démontré tout l’intérêt du dispositif. Aujourd’hui, l’enjeu est de poursuivre son déploiement et de structurer encore davantage cette dynamique de coopération entre psychiatres et médecins généralistes.

Nous souhaitons notamment développer des équipes de soins spécialisés (ESS) intégrant cette logique de télésupervision afin d’accompagner les praticiens confrontés à des situations cliniques complexes.

L’objectif est également de renforcer le réseau régional de psychiatres experts, en poursuivant les recrutements, pour couvrir l’ensemble des besoins en santé mentale à l’échelle régionale.

 

Pour en savoir plus : https://urps-med-aura.fr/ecogepsy-une-experimentation-de-telesupervision-entre-psychiatres-et-generalistes/